vendredi 6 janvier 2012

Un soir à Mayes

Je vous fais partager le courrier postal reçu de Tom hier, toute une ambiance décrite sur quelques pages arrachées à un carnet de terrain...

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Mayes, le 06/01/2012

Salut,

Je t'écris depuis le paradis des oiseaux, l'ile où "le sol chante".

Il est 22h25, il est facile de savoir qu'il fait nuit noire dehors depuis pas si longtemps que ça puisque le Prion de Belcher qui niche sous la cabane ne vient que juste de commencer à chanter. D'ailleurs, ça énerve le petit poussin de l'autre Prion qui y niche. Ces poussins de Belcher sont juste éclos mais thermiquement déjà autonomes au fond de leur terrier et couverts d'un épais duvet gris. Le petit poussin sous la cabane est donc déjà seul. Il a reçu la visite de papa ou maman hier, nous avons pu les entendre se retrouver. Il ne suffisait plus qu'a imaginer le nourrissage et quelques minutes plus tard, l'adulte était déjà reparti "faire le plein".

Si je sors dehors, je peux entendre le ballet incessant des pétrels à tête blanche, toujours nombreux, toujours bruyants mais volant assez haut, ce qui les rend invisible à la frontale, ou presque.

Les Pétrels bleu ont eu la joie de voir éclore leurs poussins il y a quelques semaines maintenant (2 ou 3), ils enchainement donc les aller-retour pour nourrir, mais ils sont plutôt silencieux à cette saison. Ils enchainent les voyages courts de quelques jours où ils pêchent au large de Ker et les voyages longs où ils descendent jusqu'à l'Antarctique où la nourriture abonde. Sur les dizaines, les centaines d'oiseaux que l'ont voit défiler dans le faisceau des frontales, il est impossible de distinguer les non-reproducteurs, les arrivants des eaux subantarctiques ou ceux venant de la lointaine Antarctique ! Ça me fait rêver de voir tous ces piafs qui parcourent des milliers de kilomètres comme on va acheter du pain sur le trottoir d'en face.

J'entends aussi les Plon-plon, plutôt discrets à cette saison eux aussi. Ils sont sur œufs pour la plupart. Peut-être y a-t-il les premiers poussins ? En tant que Pétrel sédentaire, la reproduction est assez synchrone.

Il parait qu'il est rare à Mayes, pourtant je l'entends tout les soirs et j'ai même trouvé un terrier où il niche devant la cabane :le Jojo, ou Pétrel-plongeur de Géorgie du Sud. il ressemble beaucoup au Plon-plon mais préfère les milieux plus sec (ils sont nombreux sur l'île verte) et chante différemment.

Les océanites se font entendre aussi, enfin surtout la Wilson qui pousse son chant grinçant depuis les failles rochers. La ventre noir est aussi sur œuf à cette saison mais elle est moins courante et plus discrète. La croupion gris, elle, est un peu plus précoce, probablement sur poussin.

Si au dessus de la cabane les fuligineux à dos clair sont silencieux la nuit, on peut y entendre les Pétrels à menton blanc, qui comme toi, s'intéressent de près aux bateaux de pêche.

Les Skuas sont un peu partout, attendant qu'un pétrel se pose à coté d'eux. Le pétrel venait pour nourrir son poussin et finalement il va nourrir un poussin de Skua !

On entend souvent les prions qui poussent des cris durant les quelques secondes où le skua leur broie les cervicales d'un coup de bec. Cruelle Nature !

J'espère t'avoir fait partager un court instant sur l'ile de Mayes.


A très bientôt,
Tom
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